Le génie de Yoko Taro – Partie 1 : Drakengard

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Coucou les gens !

« Petit » interlude avant de sortir la dernière partie de mon dossier sur la GGJ, je souhaitais absolument vous parler d’un coup de cœur… mais c’est parti en live et je me retrouve à faire un autre dossier de 10000 pages et encore 4 articles… désolé ^^ ». (Du coup ça repousse encore un peu la sortie du Post-Mortem de Side Tricks mais pas grave, j’ai envie de faire un truc propre sur le dossier que je consacre à Yoko Taro donc ça prendra le temps qu’il faudra, mais vous inquiétez pas, je sortirais le post-mortem avant la fin de la semaine prochaine, promis 😉 ! ).

A vrai dire ça fait depuis plus de 13 ans que je suis fan de ce créateur, que je considère comme la personnalité la plus importante du domaine vidéo-ludique actuellement, bien au delà d’un Kojima ou d’un Miyamoto selon moi, ouaip rien que ça… Mais alors pourquoi n’en parler que maintenant ?

La sortie il y a 3 jours au Japon de son dernier jeu, NieR Automata (22/02/2017) m’a donné envie de revenir sur le parcours du bonhomme et de vous en faire découvrir plus sur lui ;). Et qui sais, peut-être vous convertir à la sainte Parole et vous forcer inciter à jouer à ses jeux, et acheter le dernier en date ;).

Mais de qui va-t’on donc bien pouvoir parler vous demandez vous ? (bon déjà si vous êtes là c’est que je suppose que vous avez un minimum de compétences en lecture, donc vous avez surement déjà deviné… sinon : )

On va bien sûr parler du géniallissime ! Que dis-je ? Du Magistral ! Du Formidable ! Incroyable !

YOKO TARO !!

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Vous, en ce moment…

Comment résumer le bonhomme en un mot ? « Fou » ? Moui, ça me paraît pas mal, ou bien « Réaliste » (sous entendu réaliste sur la nature humaine)… mais avant d’en dire plus, présentons le personnage :

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Voici donc Yoko Taro en pleine interview :3 Le bonhomme est très timide, il fais donc toutes ses apparitions publique avec ce masque sur la tête… histoire de donner bonne impression x)

/!\ ATTENTION CET ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS SUR LA FIN DE DRAKENGARD 1 /!\

I/ Le commencement 

Yoko Taro n’avait pas vraiment l’intention de faire des jeux vidéos. On va dire qu’il est un peu tombé dedans au pif lors de son premier boulot pour la firme Bandai Namco Games en 1994 en tant que graphiste en CGI 3D. Il y travaille jusqu’en 1999, année où il intègre un studio de Sony appelé Sugar and Rockets, où il y restera jusqu’à sa fermeture en 2001.

En 2001, il intègre un nouveau studio de développement de jeux, Cavia, un studio qui va contribuer à le faire connaitre mondialement.

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Ce jeu de folie (littéralement)… Il a un peu bercé mon enfance/adolescence :3 … c’est peut-être aussi un peu pour ça que je suis autant taré…. ?

 

Dès son arrivée à Cavia il travaille sur des jeux, mais la plupart du temps dans de petits rôles tel que « Background Designer ». Taro travaille donc sur de nombreux petits jeux arcades du studio (Alpline Racer, Time Crisis II, etc…) jusqu’en 2003, date à laquelle Cavia lui donne l’opportunité de bosser sur son propre projet en tant que Directeur : Drag-on Dragoon (appelé Drakengard en Europe et aux US, me demandez pas pourquoi O__o… les joies de la localisation).

Attention, ci-dessous quelques spoils mineurs possibles sur les oeuvres de Yoko Taro :

Petit Trailer du jeu Drakengard 1 (sorti en 2004 sur ps2):

Ceci est le jeu le plus mindfuck auquel vous jouerez de toute votre vie, satisfait ou remboursé…

II/ Drakengard, le jeu où chaque seconde devrait être sur MalaiseTV

(La cinématique d’intro, pour l’époque ça cassait complètement trois pattes à un canard !)

J’ai découvert ce jeu lors de sa sortie européenne alors que j’étais en vacances chez mon cousin qui avait le même âge que moi (en 2004 on avait 11 ans et demie). Du coup on flippait un peu tous les deux devant le jeux, mais on était happé par la densité du background, ces voix anglaises des personnages complètement désincarnées par les horreurs qu’ils ont subies dans leurs misérables vies (un peu à la manière d’un Dark Souls de nos jours 😉 ).

Haaa… c’est à cette époque que tout s’est joué pour moi en fait, découverte de Drakengard, de Fullmetal AlchemistDétective Conan, mon goût pour le dessin, le graphisme, les mangas et les jeux-vidéos, et tout ça en seulement 2 semaines de vacances, c’est fou… kof kof, bref, revenons-en à notre sujet.

A l’époque j’avais déjà joué à quelques jeux (Un tout petit peu Warcraft 2, Pokemon sur Game Boy, les Zelda sur N64 aussi même si c’est pas des RPG et les Final Fantasy sortis sur psOne, et c’est tout pour les jeux auquel j’ai joué avant mes 11 ans x)) mais jamais à aucun Beat them all et je n’avais jamais vu une qualité de graphismes pareille non plus (pour l’époque en vrai c’était pas ouf mais moi je trouvais ça démentiel). On était jeunes et fringants mais on se chiait un peu dessus quand même avec mon cousin quand on a commencé le jeu. Et je vais vous expliquer pourquoi :

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Okay, cool…

Hémoglobine en pagaille…

Le jeu était une sorte de Dynasty Warrior combiné avec un système de combat aérien à dos de dragon inspiré par la série de jeu Ace Combat. Contrairement à ce que j’ai laissé supposé plus tôt, Drakengard n’était pas un projet solo, et en fait Yoko Taro n’a même pas été impliqué dans sa genèse du tout ! Le jeu a été conçu au départ par Takamasa Shiba et Takuya Iwasaki à Cavia. Mais Iwasaki était trop occupé sur d’autres projets pour pouvoir s’occuper de Drakengard en tant que Directeur, Yoko a eu le job comme ça.

Mais pourquoi je vous parle de ce jeu alors s’il n’a tenu que le rôle de Directeur ?

Pour cet article je n’en dirais pas trop (teasing pour le prochain article 😉 ), mais sachez qu’il à pu faire valoir ses choix de gameplay et sur les partis pris de l’histoire en étant le directeur de ce jeu, et surtout, à partir de la dernière fin du jeu, la fin E, considérée comme une grosse blague par l’ensemble du studio, il a développé un univers passionnant et très personnel sur ses futurs projets et qui a donné naissance à mon jeu vidéo préféré (ex æquo avec The Witcher 3) : NieR.

A écouter pendant votre lecture

Dans Drakengard on incarne donc Caim, prince héritier d’un royaume en guerre et « héros » du jeu, qui hurle de rire (mais en silence, hein ;), vous comprendrez pourquoi après 😉 ) en massacrant littéralement des milliers de péons que ce soit à pied ou bien monté sur Angelus, sa dragonne écarlate avec laquelle il a passé un pacte alors qu’ils étaient tous deux au seuil de la mort.

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Le prix de chacun des pactes du monde de Drakengard implique une chose essentielle et un sacrifice physique pour l’humain qui tente de lier son destin avec un être magique et mythologique, tel qu’un dragon.

Pour Caim, le prix est assez lourd pour un « héros » : le don de la parole. Caim devient donc une machine à tuer muette, ne s’exprimant qu’au travers de sa télépathie avec Angelus qui devient alors son porte-parole ainsi que sa plus fidèle amie.

Quel est donc le but de Caim dans ce monde me direz vous ? Et bien, Caim

A-D-O-R-E

tuer des gens, sur le champ de bataille il prend son pied comme jamais, et voilà que l’Église et l’Empire ont eu la très bonne idée de kidnapper sa sœur, Furiae une oracle de l’Église destinée à devenir le réceptacle du sceau de la Déesse, pour mettre en place un sombre plan visant à « sauver » le monde au travers de la mise en place de sceaux destinés à préserver le monde d’une menace d’un autre monde, les Archanges.

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Ni une ni deux, Caim nouvellement accompagné de sa comparse de fortune, entre en guerre dans l’espoir de sauver sa sœur… et de bien s’amuser au passage…

Premier truc à noter, la carte du monde, où l’on peut remarquer l’art de Yoko Taro de faire du neuf avec du vieux et surtout, de se moquer des notions pré-conçues et des « tropes« , ce qu’on appelle communément les « clichés » d’un genre littéraire/audiovisuel/etc…:

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Ca ne vous rappelle rien ? Alleeeeez, réfléchissez bien, vous allez trouver 😉 …

Oui oui, c’est « juste » la carte de l’Europe mise à l’envers… ou plutôt la tête qu’aurait notre carte de l’Europe au Moyen-Âge avec un repère inversé (le Nord à la place du Sud et vice-versa).

Aveu de fainéantise ?  Hum… à première vue on pourrait le penser, sauf que… SAUF QUE !… eh bien, malheureusement sur ce point je vais devoir vous laisser languir pour le deuxième article de ce dossier sur NieR (teasing INTENSIFIES !!!). Pour le moment, croyez-moi juste sur parole, c’est du génie…

Bref, reprenons en là où nous nous étions arrêtés dans la description du background et de l’histoire de ce premier jeu dirigé par Yoko Taro et co-écrit avec Sawako Natori :

Caim parcoure donc une pseudo-Europe médiévale avec son dragon en quête de meurtres d’annihilation de l’empire et pour récupérer sa sœur des mains l’Église, une quête dans laquelle tous les clichés du genre sont mis sens-dessus dessous, avec des êtres mythologiques complètement perchés (des fées qui insultent les autres personnages avec un vocabulaire très fleuri ^^, et les elfes sont TOUS des êtres assoiffés de sang et des psychopathes en puissance, genre tous).

Au cours de sa quête il rencontrera de multiples personnages qui viendront se greffer à son groupe.

Peut-on parler d’un groupe de héros ? Non, clairement pas. Et voilà là où est le sel de Drakengard et tout le génie de Yoko Taro.

III/ Les personnages du malaise (bien avant la démocratisation de Game Of Thrones)

(ATTENTION GROS SPOILS, en vrai le jeu à plus de 10 ans et il n’aura probablement jamais de remake donc j’en ai rien à faire de vous spoils mais au cas où je préviens quand même 😉 ) :

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On joue donc un psychopathe assoiffé de sang qui hurle d’un rire silencieux (vu qu’il est muet haha) à chacune de ses victimes (de celles du joueur) … (Caim), accompagné :

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   -D’Arioch, une elfe infertile (du à son pacte avec deux esprits élémentaires) qui pense que manger des enfants lui rendra sa fertilité (oui oui), et qui est à la fois un danger pour elle-même et le reste du groupe,

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   -de Leonard, un prêtre aveugle qui est le seul survivant du massacre de sa famille parce qu’il se masturbait en ayant des pensées pédophiles dans la forêt pendant que l’Empire butait tout le monde (kof kof, et c’était avant les grosses histoires qu’on nous sort maintenant sur les prêtres en plus O__o), il est accompagné d’une fée casse-couille qui insulte tout le temps le reste du groupe et qui arrête pas de dire à Leonard (« Vas-y, bute les, c’est tous des cons de toutes façons ! »)

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Puck, le thug… comprendra qui pourra 😉

(en parlant des autres »héros » xDDDD),

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   -De Verdelet, un vieillard élevé dans les saintes écritures censé protéger Furiae, son pacte à lui c’était d’offrir ses beaux cheveux en l’échange d’un pacte avec un dragon.

Sauf que le truc c’est que Verdelet est un hérétique qui pense que la religion dans laquelle il a été élevé se fourvoie et cherche non pas à sauver le monde mais à invoquer les pires démons des enfers (en fait il a raison mais ça on le sait qu’à la fin x) ).

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     -D’Inuart, ami d’enfance de Caim et de Furiae, il aide son ami Caim à récupérer sa soeur, dont il est furieusement amoureux et fiancé (Furiae, furieusement, vous l’avez ? haha haha… humour, qu’est-ce qu’on s’enjaille…).

Le problème c’est que le petit est complètement OBSÉDÉ par Furiae, genre vraiment… Finalement mû par son obsession, il est alors atteint de la maladie des yeux rouges, une maladie le transformant en zombie docile et sous le joug de Manah, il devient l’un des principaux antagoniste au cours du jeu. Lorsqu’il rejoint l’Empire, il passe également un pacte avec Legna, le dragon noir responsable de la mort des parents de Caim et Furiae.

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       -de Seere, le frère jumeau de Manah, il aide Caim dans son aventure. Littéralement le seul personnage non maléfique du jeu… et encore il bute des centaines de personnes avec son golem. Sa mère se sacrifie pour qu’il passe un pacte avec un Golem alors que sa famille est attaquée par l’Empire, il perd également son « âge » (pour pouvoir rester ami avec le golem jusqu’à la fin des temps), le condamnant à rester éternellement un enfant. C’est aussi objectivement le seul personnage « bon » du jeu.

L’équipe du jeu le considère comme une grosse blague au sein du casting des personnages étant donné que c’est le seul à ne pas être un gros névrosé psychopathe et qu’il est littéralement ce que son apparence laisse supposer x).

On a donc fait le tour de nos « héros » (vous comprenez les gros guillemets maintenant ? x) ) on passe aux autres personnages / antagonistes :

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La Direction Artistique est toujours aussi belle, mais les graphismes ont pris un sacré coup de vieux par contre x)

Furiae :

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Elle est l’Oracle de l’Église et destinée à recevoir le Sceau de la Déesse, régulant le Chaos et empêchant des légions de bébés démoniaques d’envahir le monde (nightmare fuels incoming). Malgré ses fiançailles avec Inuart, elle cache très mal ses sentiments amoureux envers son propre frère Caim (un peu comme Cersei dans Game of Thrones, if YOU KNOW WHAT I MEAN ( ͡° ͜ʖ ͡°) ).

Bref, encore un modèle de personnage sain d’esprit, très recommandable et pas du tout déviant (FAUX).

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Enfin, pour terminer ce tour d’horizon des personnages je me dois de vous parler de Manah, sœur jumelle de Seere et principale antagoniste de Drakengard, elle est atteinte de la maladie aux yeux rouges et sa venue au monde était annoncée par la prophétie des Archanges comme la personne qui amènera la fin du monde. Haïe par sa mère à cause de la prophétie, elle tente à tout prix à retrouver l’amour maternel qu’elle n’a jamais connue.

Sa puissance lui permet de contrôler les autres personnes atteintes de la maladie  des yeux rouges.

Elle est aussi la prêtresse représentante des archanges (vous fiez pas à ce nom, les archanges c’est des putains de bébés démoniaques géants ultra nightmare fuel)

Avec le plus grand plaisir, elle devient leur instrument car elle est aimée désormais. Elle est aussi responsable de la corruption d’Inuart.

Manah est sans état d’âme, la joie l’envahit à mesure que le monde sombre dans le chaos, c’est le symbole de la renaissance humaine, où tous les êtres s’aimeront sans condition.

Bon je vous ais pas mal parlé des Archanges (les « Watchers » en version anglaise), mais qu’est-ce que c’est qu’un archange, ma bonne dame ?

Bah c’est ça :

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et ça

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Nightmare fuel puissance 10000, ne me remerciez-pas.

Donc voilà, vous vous rappelez ce sentiment quand vous avez découvert les Titans dans l’Attaque des Titans pour la première fois, ne me remerciez pas cette fois c’est 10 fois pire x).

Congrats’ vous avez débloqué la pire fin possible… malheureusement c’est aussi la fin « canon », c’est à dire celle sur laquelle va reposer tout le reste de l’univers établi par l’équipe de dévs à partir de maintenant…

IV/ Le gameplay, les OST et les différentes endings

Tout dans Drakengard est là pour te faire flipper, te dégoûter, te donner la gerbe en permanence et te questionner sur le pourquoi du comment, et surtout surtout… Mais pourquoi sont-ils si méchants ?

Avant tout, il faut savoir que j’étais un grand fan de ce jeu quand j’avais onze ans, mais n’ayant pas la console à cette époque, j’avais rushé le jeu avec mon cousin et on n’avait obtenu que la première fin, la fin A, en quelques heures seulement. Il y a 5 fins au total et pour obtenir la dernière fin (aujourd’hui considérée « canon », même si au départ c’était censé être une grosse blague) il fallait avoir eu les 4 autres fins et RECUPERE TOUTES LES ARMES DU JEU (chiantise over 9000).

Pour l’époque le gameplay était révolutionnaire (même si les graphismes pêchaient un peu :p ) et l’on pouvait passer du dos d’Angelus, notre dragon, au combat à pied d’une simple touche tout en ayant un arsenal très différent et varié à notre disposition pour tuer les centaines de soldats. Évidemment Angelus n’était pas disponible tout le temps (ç’aurait été trop cheaté) et les phases obligatoires dans les airs sur le dos de ton dragon étaient très semblables à des phases shoot’em up dans lesquels on devait détruire des bases volantes adverses en esquivant les projectiles ennemis. A l’époque je ne connaissais pas ce type de jeu mais je trouvais déjà que le mélange des différents genres de gameplay complétement fou, et incroyable.

Maintenant, et bien, je vous laisse voir par vous même, la folle sensation de puissance et de destruction jubilatoire que l’on ressentais en même temps que Caim a TRÈS mal vieilli. Les seules raisons que je vois pour rejouer à ce jeu maintenant c’est :

-les compositions sur l’OST de Nobuyoshi Sano et Takayuki Aihara particulièrement gerbatoires mais qui mettent à fond dans l’ambiance (entre autre exemple de sensation de furie nauséeuse que l’OST peut proposer et cela dès le début du jeu : )

Ou encore cette musique entêtante et presque hypnotique :

Si ce genre de musiques complètement perchées vous plaît je vous invite à jeter un oeil sur les autres morceaux de l’OST, par contre prenez un antidiarrhéique avant… parce que personnellement c’est tellement hypnotique et nauséeux que ça m’en donne la diarrhée x).

-Mais surtout,  le principal intérêt de rejouer à ce jeu de nos jours c’est pour l’histoire EXTRÊMEMENT SOMBRE, les personnages complètement perchés mais néanmoins attachants. Oui oui, un peu comme on peut s’attacher à Jaime Lannister dans Game Of Thrones, ce sont des personnages apparemment sans morale mais dont l’objectif final est louable et qui agissent sans aucune contrainte de la société, en accord avec leurs propres motivations et objectifs.

Mais les relations entre les personnages c’est ce qui fait tout le sel du jeu selon moi, et Yoko Taro et son comparse Sawako Natori ont réussi à rendre crédible et touchante la relation entre Caim et sa dragonne Angelus, mais pas seulement.

Si les personnages sont tous tarés c’est pour une bonne raison, les atrocités de la guerre contre l’Empire les ont tous marqués et rendus fous à des niveaux plus ou moins importants et c’est aussi ce qui permet de souder le groupe, quand bien même plus de la moitié sont de véritables psychopathes dangereux.

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Et pour revenir au gameplay un instant tout en étant sur la partie psyché des personnages, Yoko Taro se joue complètement du joueur qui se sentirait en position de force pour juger ces personnages dans ce contexte, car après tout… VOUS AUSSI VOUS PRENEZ DU PLAISIR A TUER… Après tout, c’est le but du jeu n’est-ce pas ? C’est un beat them all, aucun mal là dedans non ?

Et si… ?

Et si, justement vous deviez vous poser des questions sur les raisons qui vous poussent à jouer à ce jeu ? A ce type de jeu en général en fait ?

Lorsque Caim pousse des hurlements de joie silencieux  (depuis son pacte avec Angelus) en terrassant ses ennemis à dos de dragon, le joueur ressent aussi du plaisir à décimer des armées entières. C’est catharsique pour le joueur mais c’est une pulsion bien plus primale pour Caim : de la joie.

La semaine dernière, j’ai lu une interview de Yoko Taro à propos de son nouveau jeu NieR Automata et dans laquelle il se faisait cette réflexion très intelligente :

« It’s been an interest of mine, and an observation, for a very long time while I’ve been making games, » he explains. « Most games are about defeating an enemy, or killing an enemy and surviving through that. In some ways, it’s also come to be seen as an enjoyable thing. People have fun, and there’s some fun to be had in destroying someone or killing someone. And I’ve always wondered about that. Why do people enjoy the act of killing, and why do they do it? And surely maybe that motivation and that reasoning is flawed, and the reason people do these things — kill people, enjoy killing — is because they’re missing something, or there’s definitely some problem there. »

In the original Drakengard, for instance, humans give up a piece of their existence — their voice, their sight or even the ability to die — in order to make pacts with mythical beasts. Caim, the hero, is obsessed with revenge, slaying his enemies mercilessly. During combat, his comrades frequently comment on this worrying obsession and how much he enjoys the act of killing. »

Ce qui donnerais la traduction approximative suivante :

« Depuis très longtemps que je fais des jeux vidéos, j’ai eu un intérêt et j’ai pu en faire l’observation […]., explique-t’il. »La plupart des jeux impliquent de battre un ennemi, ou de tuer un ennemi et survivre à cet acte. D’une certaine manière, on pourrait considérer cela comme quelque chose d’amusant. Les gens s’amusent, et il y a de l’amusement, du fun, à détruire quelqu’un ou en le tuant… Et je me suis toujours questionné à ce sujet. Pourquoi les gens trouvent ils de l’amusement dans cet acte de tuer, et pourquoi le font-il ? Et surement peut-être que cette motivation et ce raisonnement est faussé… et que la raison pour laquelle les gens font ces choses — tuer des gens, s’amuser en tuant — c’est parce qu’il leur manque quelque chose, ou bien qu’il y a définitivement un problème. »

Dans le jeu Drakengard, par exemple, les humains renoncent  à une partie de leur existence — leur voix, leur vue ou même la capacité de mourir– dans le but de faire des pactes avec des bêtes mythiques. Caim, le héros est obsédé par la revanche, tuant ses ennemis sans merci.Lors des combats, ses camarades commentent régulièrement sur cette obsession et à quel point il aime l’acte de tuer ».

(source de l’interview ici : https://www.engadget.com/2017/02/13/how-nier-was-brought-back-from-the-dead/ )

Finalement, pour conclure cette partie je considère Yoko Taro comme un génie dans le domaine du jeu-vidéo car, dans chacun de ses jeux, il remet en cause notre nature humaine par le biais du gameplay, de l’histoire, des interactions entre les personnages. Et de manière très subtile, sous un enrobage complexe, dur, très cru et clairement pas du tout destiné au « tout public ».

Mais ses questionnements sur la nature humaine, les motivations qui poussent les gens à faire ce qu’ils font, se rapprochent beaucoup de la manière de penser de Georges R.R Matin (auteur du Trône de Fer / A Song Of Ice And Fire / Game Of Thrones), l’un de mes auteurs préféré.

C’est aussi une personne qui assume totalement ses choix créatifs et crée des expériences viscérales qui mêlent toujours une OST (Original Soundtrack) de qualité et en adéquation avec les émotions que veut faire passer le jeu (si l’OST de Drakengard donne la nausée, c’est volontaire, c’est pour exprimer la furie et la perte de sens que l’on peut avoir en pleine bataille, où l’on en oublie même les raisons qui nous ont menées à ce combat).

Mais je reviendrais sur ce dernier point dans le prochain article, sur NieR.

Conclusion : Ou la transition douloureuse vers NieR

Drakengard dispose de 5 fins, une fin « normale » et de 4 autres qui doivent réunir certaines conditions pour être obtenue. Parmi lesquelles la pire des fins, l’ending E qui n’est obtenue qu’en ayant fini 4 fois le jeu avec les 4 autres différentes ending et en ayant eu acquis TOUTES les armes du jeu :

Cette fin de l’enfer (avec une foutue phase de jeu de rythme infernale), dans laquelle Caim et Angelus, pour détruire la BÊTE, l’archange suprême, se retrouvent téléportés dans un monde parallèle à travers les dimensions… jusque dans le Tokyo moderne de 2004.

Lorsque Angelus découvre le monde dans lequel ils sont arrivés… elle se demande :

« Est-ce la terre des Dieux ? »

(gros jeu de mot avec l’appellation que donnaient les japonais à leur pays : La terre des Dieux)

Ils finissent par se faire abattre par un F-16 japonais après avoir tués la BÊTE… sombrant dans une chute dramatique…

THE END…

Vraiment ?

Est-ce vraiment la fin ? (Non) Vous le saurez dans le prochain article de ce dossier consacré à Yoko Taro sur NieR (dat teasing de fou)…

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Mata Ne !

またね !

Sources utilisées pour la rédaction de ce dossier :

http://enemyslime.com/2015/06/retrospective-niers-creator-yoko-taro/

Wikipédia 😉

 

 

Si cet article vous a plu, je vous invite à lire la suite du dossier :

Partie 2  –  Drakengard 2 & Nier

Partie 3  –  Drakengard 3 


2 réflexions sur “Le génie de Yoko Taro – Partie 1 : Drakengard

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